Salutation au soleil et mouvements de la colonne : ce qu’elle contient (et oublie)

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La salutation au soleil, on la connaît souvent avant même de la comprendre. On l’a vue, répétée, enchaînée. Parfois au réveil, parfois en guise d’échauffement, parfois parce que c’est ce que le prof propose en début de cours. On la fait. Et souvent, on la fait sans vraiment savoir ce qu’on traverse.

Et si on retournait cette séquence comme un objet pour regarder ce qu’elle contient, et ce qu’elle ne contient pas ?


💡 À retenir

  • La salutation au soleil traverse 4 à 5 des 7 mouvements de la colonne
  • Deux mouvements sont structurellement absents : la rotation et la flexion latérale
  • Certains mouvements sont présents mais souvent invisibles : la flexion vertébrale réelle et l’extension axiale dans les transitions
  • Savoir ça, c’est le début d’une pratique qui s’écoute et qu’on peut enrichir intelligemment

Ce que la salutation mobilise réellement

Si tu n’es pas encore familière avec les sept mouvements de la colonne, cet article les explore un par un, il éclaire tout ce qui suit.

Reprenons la séquence classique, pas posture par posture, mais aux moments où quelque chose d’intéressant se passe pour la colonne.

En Tadasana, la posture de départ, la colonne est invitée à l’extension axiale, ce mouvement subtil d’allongement vertical, comme si le sommet du crâne cherchait le plafond. Dans la réalité d’une séquence enchaînée, ce moment est souvent sacrifié. On « part » avant d’être vraiment arrivé.

Dans la descente vers le sol, la colonne entre en flexion. C’est là que les choses deviennent intéressantes : est-ce que c’est la colonne qui fléchit, vertèbre après vertèbre, ou est-ce que tout bascule depuis les hanches en un seul bloc ? Les deux peuvent sembler identiques de l’extérieur. De l’intérieur, ce n’est pas du tout la même expérience.

En cobra ou en chien tête en haut, la colonne s’étend. C’est l’extension, l’ouverture de la poitrine vers l’avant, la sensation d’espace dans les vertèbres dorsales.

En chien tête en bas, selon comment tu l’habites, tu peux trouver une extension axiale, la colonne qui s’allonge entre le sacrum et la nuque, et un début d’extension dorsale si tu cherches vraiment à décoller les omoplates.

Quatre mouvements sont donc bien là : extension axiale, flexion, extension, et un peu d’extension axiale encore. C’est déjà beaucoup. Mais deux sont absents.


Les mouvements absents de la salutation : rotation et flexion latérale

La rotation — tourner le haut du corps vers la droite ou vers la gauche — n’existe pas dans la salutation au soleil classique. Elle n’y est pas. Ce n’est pas un oubli, c’est simplement la nature de cette séquence.

La flexion latérale — s’incliner sur le côté — non plus.

Ce que tu peux observer, si tu pratiques la salutation régulièrement : comment ton corps réagit à ces deux mouvements absents ? Est-ce que tu les retrouves avec facilité dans d’autres contextes, ou est-ce que cette colonne-là, la colonne qui tourne, la colonne qui s’incline, reste moins familière ?

L’absence n’est pas un problème. C’est une information.


Les mouvements invisibles dans la pratique

Il y a quelque chose de plus subtil que l’absence totale : la présence invisible.

La flexion vertébrale réelle est dans la salutation. Mais combien de fois la traverse-t-on segment par segment, en sentant chaque partie de la colonne participer au mouvement ? La plupart du temps, on bascule d’un seul tenant depuis les hanches, et la colonne suit, elle ne mène pas.

Tu peux faire l’expérience lors de ta prochaine salutation : ralentis uniquement la descente vers le sol. Est-ce que tu peux sentir les cervicales quitter l’axe en premier, puis les dorsales, puis les lombaires ? Ou est-ce que tout part ensemble ?

Il n’y a pas de bonne réponse. Il y a ton observation.

L’extension axiale dans les transitions, est encore plus facile à rater. Entre cobra et chien tête en bas, entre chien tête en bas et la fente, ce mouvement d’allongement vertical existe, mais dans le flux d’une séquence enchaînée, il se dissout souvent dans la vitesse.


Comment enrichir la salutation au soleil ?

Si tu veux que ta salutation devienne une traversée complète des sept mouvements, il n’est pas nécessaire de la transformer en quelque chose d’autre. Quelques ajouts discrets suffisent (ces d’ailleurs pour cela qu’il existe tant de version de la salutation au soleil ! Je me base ici sur la plus classique et la plus simple).

Pour la rotation, une proposition simple : en fente basse, au lieu de remonter directement, tu peux poser une main au sol et laisser l’autre bras s’élever vers le plafond. Le haut du corps suit naturellement, le thorax s’ouvre sur le côté. C’est une rotation. Tu peux observer ce que ça réveille dans la colonne dorsale, souvent quelque chose de plus vivant.

Pour la flexion latérale, depuis la planche, tu peux basculer en planche latérale, Vasisthasana, en faisant pivoter le corps sur le bord du pied. La colonne s’incline, le flanc s’étire. Si c’est trop intense, poser le genou au sol suffit à accéder au même mouvement.

Ces deux ajouts ne sont pas obligatoires, ni même recommandés à chaque fois. Ils sont des portes. Tu choisis quand tu veux les ouvrir.


❓ Questions fréquentes

Je dois ralentir toute ma salutation pour ressentir tout ça ? Non. Il suffit de choisir un seul moment à observer, la descente, ou une transition. Une conscience partielle vaut mieux qu’une attention dispersée sur l’ensemble.

La salutation au soleil est-elle suffisante comme pratique quotidienne ? Elle offre une traversée réelle de plusieurs mouvements essentiels. Si tu veux une pratique qui explore aussi la rotation et les flexions latérales, tu peux l’enrichir avec les ajouts proposés, ou compléter avec d’autres postures. L’idée n’est pas de juger ce qu’elle est, mais de savoir ce qu’elle fait et ce qu’elle ne fait pas.

Et si je ne connais pas la salutation au soleil ? Tout ce qui précède s’applique à n’importe quelle séquence que tu pratiques déjà. La question reste la même : quels mouvements traverses-tu ? Lesquels restes-tu sans toucher ?


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La salutation au soleil n’est pas une séquence parfaite. Elle n’a pas à l’être. Elle est un point de départ, une carte partielle et comme toute carte, elle est plus utile quand on sait ce qu’elle représente et ce qu’elle laisse de côté.


À propos de l’auteure Pratiquante intuitive, je suis curatrice exploratrice en yoga intuitif et conscience corporelle. Formée au Hatha et au Yin et pratiquante Iyengar de longue date, j’explore comment la pratique du yoga transforme notre relation au corps et au quotidien. → Découvrir mon parcours